Coupe du Monde : La RDC à 90 minutes de mettre fin à 52 ans d'attente
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- Author, Patrick Degbevi
- Role, BBC AFRIQUE
- Temps de lecture: 7 min
Une victoire pour briser le signe indien, Cinquante-deux ans d'attente pourraient s'achever en une soirée. Le 31 mars 2026, à Guadalajara, la République démocratique du Congo disputera un match décisif pour une place en Coupe du monde. En cas de victoire lors du barrage intercontinental, les Léopards signeront leur retour sur la scène mondiale, plus d'un demi-siècle après leur unique participation en 1974.
Dans les rues de Kinshasa, on ne parle que de cette rencontre ultime depuis que le compte à rebours a été lancé. Les premiers joueurs congolais ont foulé le sol mexicain le dimanche 22 mars 2026. Les derniers des 26 joueurs convoqués pour ce match rejoignent la tanière de Guadalajara en milieu de semaine.
Si la RDC s'impose, elle deviendra le 10e représentant africain dans cette Coupe du monde élargie à 48 équipes. Mais surtout, elle obtiendra sa deuxième qualification pour la Coupe du monde après celle de 1974.
Sébastien Desabre a insisté sur la nécessité de transformer cette expérience en tremplin. « Nous sommes vraiment motivés. Nous sommes toujours sur la bonne voie pour atteindre notre objectif principal », a-t-il confié au site officiel de la FIFA.
Ce serait un exploit majeur pour une sélection en quête de reconnaissance sur la scène internationale. Avant d'affronter la RDC, la Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie s'affronteront dans un match à élimination directe. Le vainqueur défiera ensuite les Léopards pour une place au Mondial.
1974 : le Zaïre faisait ses premiers pas dans l'histoire du football mondial.
Malgré ses sacres en Coupe d'Afrique des Nations en 1968 et 1974, le Zaïre a connu un été plutôt difficile lors de la Coupe du monde de la FIFA en Allemagne en 1974. Il a concédé 14 buts sans en marquer un seul et a écopé d'un carton jaune contre le Brésil, le 22 juin 1974.
Kakoko Etepe, qui faisait partie des joueurs emblématiques de l'équipe africaine, explique que les Léopards avaient abordé la compétition avec une énorme confiance.
Quand les Léopards du Zaïre ont posé le pied sur la pelouse de Dortmund en juin 1974, personne dans les tribunes ne savait vraiment qui ils étaient. « Nous avions une grande équipe en 1974 », se souvient-il. « Beaucoup de joueurs avaient remporté la CAN plus tôt dans l'année et le Vita Club s'était même adjugé la Ligue des champions de la CAF 1973. Nous avions donc une grande expérience du football international avec des joueurs comme Kidumu Mantantu et Mayanga Maku » indique Kakoko Etepe.
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Cependant, la réalité du Mondial a été dure. Écosse 2-0, Yougoslavie 9-0, Brésil 3-0. Quatorze buts encaissés, aucun marqué. Les chiffres semblent indiquer le désastre, la désillusion est immense ! Parmi ceux qui arboraient le maillot national avec fierté se trouvaient des joueurs qui avaient tout donné pour se qualifier, mais dépassés par un niveau qu'ils n'avaient jamais affronté.
Les espoirs étaient pourtant grands : le président de la République d'alors, Mobutu Sese Seko, avait mis le paquet pour qu'ils arrivent là : primes, avions privés, soutien d'État total. Les Léopards sont traités en héros avant même d'avoir joué.
« Le président Mobutu avait mis tous les moyens. Avant que les joueurs ne se rendent en Allemagne, il leur avait accordé un séjour privé en Europe, chacun avec sa famille. C'était un séjour de villégiature, chacun avec le pays de son choix. Mobutu avait mis tous ses moyens parce qu'il pensait qu'avec cette Coupe du monde, il faisait valoir la qualité intrinsèque des Zaïrois à ce moment-là », a déclaré à la BBC le journaliste sportif Kabala Mwana Mbuyi.
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Sur la route de la qualification pour la Coupe du monde en Allemagne, les Zaïrois éliminent le Togo au premier tour. Ils battent ensuite le Cameroun et se débarrassent du Ghana. Le Zaïre affronte l'équipe du Maroc, seule sélection nationale capable de rivaliser sur le continent avec les Léopards. Ces derniers battent les Lions de l'Atlas à Kinshasa trois à zéro.
Au match retour, les Marocains déclarent forfait. Ce 13 décembre 1973, la liesse est totale dans les rues de Kinshasa. Les Léopards sont la première équipe africaine noire à être qualifiée pour une Coupe du monde, se rappelle l'historien, spécialiste du Congo contemporain, Jean Omasombo Tshonda.
Enfant en 1974, il se souvient de la ferveur qui entoure alors l'épopée des Léopards.
« Tout le monde était branché sur le poste de radio dans mon village. Les autorités avaient décrété que chaque village devait donner des présents, des cadeaux pour encourager et montrer son soutien aux Léopards. Nous avions, je me souviens, dans mon village, donné deux poules pour les joueurs. D'autres villages donnaient d'autres animaux aux joueurs. Les joueurs étaient adulés », témoigne Jean Omasombo Tshonda.
Des timbres et des billets sont imprimés à l'effigie des joueurs.
Dans l'euphorie de cette qualification, et au-delà de la visibilité pour le Zaïre, le journaliste sportif Kabala Mwana Mbuyi s'est souvenu du voyage en Allemagne des « féticheurs ». Nombreux avaient fait le déplacement.
« Au pays, les gens se disaient que ces faiseurs de miracles allaient aider l'équipe nationale lors de la compétition. Ils pensaient pouvoir faire des miracles et nous apporter la victoire à la Coupe du monde. C'est ainsi qu'on avait amené toute une délégation de ces faiseurs de miracles. Mais il faut vous dire que c'étaient des illusions, tout simplement », affirme le journaliste.
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Cinquante-deux ans à attendre une deuxième chance
Les Léopards du Zaïre, pionniers du football africain, restent cependant présents dans le cœur des Congolais.
Le maillot vert et jaune des Léopards du Zaïre est porté par les jeunes supporters des Léopards de la République démocratique du Congo. « Nous avions une expérience africaine, mais ça ne suffisait pas pour rivaliser à ce niveau. C'était déjà une très grande réussite pour nous d'avoir disputé la Coupe du Monde et de représenter le continent » reconnaît l'ancien attaquant des Léopards du Zaïre Kakoko Etepe.
Selon l'historien Jean Omasombo Tshonda, cette nostalgie des Léopards du Zaïre renvoie au rêve perdu d'un Congo uni. « Les joueurs venaient de tous les horizons, du Katanga, de Kinshasa, de Goma, de Lumumbashi. Cette équipe au-delà du régime de Mobutu renvoyait l'idée d'un Congo uni, loin des divisions et des crispations actuelles. »
Depuis 1974, combien de générations ont frôlé le Mondial sans y accéder ?
Shabani Nonda, l'un des meilleurs buteurs africains de son époque, n'a jamais joué une Coupe du monde. Lomana LuaLua non plus. Des joueurs de haut niveau, des campagnes de qualification prometteuses qui s'arrêtaient toujours trop tôt.
Le football congolais continue de produire des talents. Ce que cette génération de 2026 a en plus, c'est notamment une organisation que les précédentes n'avaient pas. Pour les Congolais, le Français Desabre a construit quelque chose de solide, et cela passe par une seconde qualification le 31 mars 2026.
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