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Pétrole et transport maritime : les artères vitales de l'Afrique face à la crise du détroit d'Ormuz
- Author, Marco Oriunto
- Reporting from, London
- Author, Makuochi Okafor
- Reporting from, Lagos
- Temps de lecture: 5 min
Alors que la guerre en Iran se poursuit, les pays africains en subissent les conséquences. Certains risquent d'être pénalisés par la hausse des prix du pétrole et la fermeture des voies maritimes, tandis que d'autres pourraient tirer profit de nouvelles routes commerciales.
Nigeria : riche en pétrole, mais sous pression
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Le Nigeria est le deuxième producteur de pétrole d'Afrique après la Libye. Face à la hausse du prix du brut, les responsables nigérians ont laissé entendre qu'ils pourraient augmenter leur production afin de soutenir la demande mondiale.
Mais même si le gouvernement nigérian prend cette mesure, la population pourrait ne pas en ressentir les bienfaits en raison du manque de capacités de raffinage dans le pays.
Le Nigeria exporte la majeure partie de son pétrole brut à l'étranger pour qu'il y soit transformé en diesel, en essence et en d'autres produits.
Ces produits sont ensuite rachetés aux prix mondiaux. Comme de nombreuses cargaisons restent bloquées dans le détroit d'Ormuz, en Iran, les prix au Nigeria sont également affectés, ce qui réduit les bénéfices tirés de la vente de pétrole.
« Si les prix internationaux de l'essence augmentent, les coûts de transport augmentent partout », explique Dumebi Oluwole, économiste en chef à Lagos, spécialisé dans le pétrole.
« Le prix du carburant a presque doublé, voire triplé », déclare Morounmubo Akodu, propriétaire d'une petite entreprise à Lagos.
« J'essaie de ne travailler qu'en cas d'absolue nécessité, juste pour pouvoir faire face aux coûts. »
Outre les coûts du carburant, les denrées alimentaires risquent de renchérir et l'inflation de s'aggraver, entraînant une hausse générale du coût de la vie.
Même si le gouvernement pourrait tirer davantage de revenus des exportations de pétrole, de nombreux Nigérians devront faire face à une augmentation du coût de la vie dans un avenir proche.
Égypte : Suez sous pression
Avec la perturbation des voies maritimes, l'Égypte subit déjà une perte de recettes due à la guerre en cours.
Son canal de Suez est une voie de passage essentielle pour les navires transportant du pétrole et d'autres marchandises entre le Golfe et l'Europe.
Depuis le début des hostilités, les grandes compagnies maritimes ont détourné leurs navires du détroit d'Ormuz et de la mer Rouge en raison des attaques de missiles et de drones.
Cela a fortement réduit le trafic et les recettes du canal de Suez, rendant les importations plus coûteuses et faisant grimper les prix sur le marché intérieur.
« La livre égyptienne a perdu environ 7 % », explique l'économiste Dumebi Oluwole.
« Cela s'explique par le fait que le canal de Suez, qui est une voie de communication essentielle pour le transport de la quasi-totalité du pétrole brut et d'autres matières premières vers l'Europe, est pratiquement bloqué. »
Afrique du Sud : une opportunité pour développer les affaires
Cependant, plus au sud, certaines économies africaines pourraient voir de nouvelles opportunités s'ouvrir à elles.
Maersk et Hapag-Lloyd, qui comptent parmi les plus grandes compagnies maritimes de transport de conteneurs au monde, ont annoncé en mars qu'elles allaient réacheminer certaines de leurs principales liaisons vers le Moyen-Orient en passant par le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud.
Les pétroliers et les porte-conteneurs évitant le détroit d'Ormuz et la mer Rouge, de plus en plus de navires contournent la pointe sud de l'Afrique, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les ports de la région, en particulier en Afrique du Sud.
« Ces nouveaux itinéraires, plus longs, vont exercer une pression croissante sur de nombreuses zones portuaires côtières d'Afrique australe : Walvis Bay, Le Cap, Durban, Maputo, Dar es Salaam », explique Timothy Walker, chercheur principal à l'Institut d'études sur la sécurité.
Début mars, la Chambre de commerce et d'industrie du Cap, en Afrique du Sud, a enregistré une hausse de 112 % du nombre de navires faisant escale au port du Cap.
« Bien qu'il existe un potentiel d'opportunités commerciales dans les domaines de l'avitaillement, de la réparation navale et des fournitures maritimes, il existe des contraintes en matière d'infrastructures », explique Jacques Moolman, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Cap.
La Transnet National Ports Authority (TNPA), l'organisme public qui détient et gère les huit ports maritimes commerciaux d'Afrique du Sud, a confirmé son projet de construction d'un nouveau dock flottant au Cap et a lancé une série d'améliorations visant à dynamiser le secteur local de la réparation navale.
Toutefois, les perspectives pour l'Afrique du Sud restent mitigées. Le pays important une grande partie de son carburant, la hausse des prix mondiaux et les retards de livraison auront un impact sur les consommateurs et les entreprises, même si le secteur maritime se développe.